All,
Further to the Toumaï controversy mentioned in my earlier post, here is information, from Le Monde, on a formal response prepared by Michel Brunet and his colleagues and just published in the last issue of the South African Journal of Science (SAJS) to which I, unfortunately, do not have access. Briefly, their recent response, appears to be a re-affirmation and, presumably, demonstration, that the “tooth of contention” does, indeed, constitute an integral part of
Sahelanthropus tchadensis’ mandibular remain. And to add power to the argument(s) presented by the authors, the paper is accompanied by a support letter initiated by Clark Howell and Tim White, and signed by 27 international “experts”!
From the reaction of the Editor of SAJS to the letter of support (“… science is not a vote.”), and Martin Pickford’s backtracking comments (“… Michel Brunet’s arguments are not concincing…”), it seems obvious that the controversy is not dead yet!
L'ancêtre Toumaï montre les dents de la discorde
LE MONDE - 26.11.04
La molaire d'un hominidé a-t-elle été placée sur une mauvaise mandibule ?
Dent de sagesse ou dent de folie ? Rarement une simple molaire aura suscité une telle rage polémique. Il est vrai qu'il s'agit d'une quenotte vieille de sept millions d'années, et qu'elle est supposée appartenir à l'espèce la plus ancienne d'hominidés connue, Sahelanthropus tchadensis, alias Toumaï.
La "M3" en question a-t-elle été enchâssée de façon erronée sur une mandibule attribuée à un parent du célèbre fossile ?
C'est ce que soutenait Alain Beauvilain, ancien membre de la mission paléoanthropologique franco-tchadienne (MPFT) et codécouvreur des pièces en question, dans le numéro de mars-avril de la revue South African Journal of Science (SAJS). Dans un article cosigné par un dentiste d'Yvetot (Seine-Maritime), Yves Le Guellec, ce géographe indiquait que les deux pièces avaient été retrouvées séparées - de quelques centimètres. Il estimait que la molaire était une dent de gauche, collée abusivement sur une mandibule droite (Le Monde du 19 juin).
Incompétence, manipulation, ou simple erreur d'inattention ? Aussitôt, Michel Brunet (université de Poitiers-CNRS), directeur de la MPFT, récusait ces interprétations, promettant de fournir une réponse argumentée. C'est chose faite, mercredi 24 novembre, dans le dernier numéro du SAJS. Sa réplique est cosignée par les 29 signataires de la description initiale de Toumaï dans la revue Nature, à l'exception d'Alain Beauvilain. Elle est accompagnée d'une lettre internationale de soutien, adressée en juillet au SAJS, à l'initiative de Clark Howell et Tim White (université de Californie, Berkeley), dans laquelle 27 experts attestent que la M3 "est bien une molaire droite, ainsi que l'a publié Brunet".
"C'est une opinion. J'aurais été plus convaincu par des arguments scientifiques, indique Graham Baker, directeur de la rédaction du SAJS. Je ne dis pas si les signataires ont raison ou tort, mais la science, ce n'est pas un vote."
"Il s'agit d'une polémique très désagréable, nous aurions pu ne pas nous en mêler, explique Marie-Antoinette de Lumley (Institut de paléontologie humaine), qui a signé cette pétition. Mais Brunet a raison, il n'y a pas à faire d'histoire." La chercheuse reconnaît que la qualité des photographies de l'article de Nature pouvait prêter à confusion, mais les coupes scanner produites par Michel Brunet montrent un "contact parfait" entre la mandibule et sa molaire, et ne laissent à son sens pas de doute.
Ce n'est pas le sentiment de Martin Pickford (Collège de France), codécouvreur en 2000 au Kenya d'Orrorin tugenesis, un fossile d'hominidé vieux de six millions d'années, détrôné depuis par Toumaï dans son statut de plus vieux préhumain connu. Martin Pickford avait été chargé par le SAJS de la traduction en anglais de l'article de Beauvialin et Le Guellec, mais aussi de vérifier sa validité scientifique. Après la publication, contacté par Tim White, il reconnaît dans un courrier "n'avoir pas prêté suffisamment attention à la question de la latéralité - de la molaire - et avoir laissé passer cette erreur". Il offre alors à tous les intéressés "ses plus humbles excuses". Avant de se... rétracter et de demander au SAJS de ne pas publier son apologia. Il estime en effet que les réponses offertes par Michel Brunet ne sont pas convaincantes. Pour trancher, estime-t-il, il faudrait voir les pièces.
De leur côté, Alain Beauvilain et Yves le Guellec n'en démordent pas : il s'agit bien d'une dent de gauche, et non de droite. Michel Brunet fonde sa conviction sur l'usure de la face "triturante" de la molaire, notamment ses pointes, plus marquées sur la face externe. Comme c'est le cas chez le gorille, et chez nombre d'hominidés, et parfois chez Homo sapiens, où l'on observe aussi des usures hélicoïdales.
Mais, pour Yves Le Guellec, "la lecture d'une dent ne se fait pas sur des questions d'abrasion car, après sept millions d'années, il est difficile de distinguer dans quelle mesure elle est liée à la mastication ou à l'érosion, soutient celui qui se qualifie de simple "chicotier". L'analyse des sillons sur la dent est plus parlante", assure-t-il. Mais ces scanners, qui montrent l'intime imbrication de la couronne et de la mandibule ? "C'est un travail de prothésiste parfait, apprécie Yves Le Guellec. Mais ça ne s'est pas fait spontanément, il a fallu dégager les sédiments qui les recouvraient."
Pour asseoir leur conviction, Alain Beauvilain et Yves Le Guellec se sont adressés à un expert en anatomie dentaire, Alain Lautrou (université Paris-V). Les photographies qu'il a examinées lui ont aussitôt fait penser à une dent gauche. Mais, faute d'avoir manipulé la pièce, "il n'en mettrait pas - sa - tête à couper".
La polémique lasse Michel Brunet. D'autant qu'elle porte sur un point mineur : la molaire en question ne remet pas en cause la position de Toumaï sur notre arbre généalogique. De nouvelles publications devraient suivre pour affermir celle-ci. Et Michel Brunet, qui accompagnait Jacques Chirac en Libye, espère bien élargir son champ d'investigation, pour remonter plus loin dans le passé.
Hervé Morin
As complementary (background) information to this story, here is also a link to a useful information package prepared earlier, by the Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Available in both French and English, it can be found
HERE.
Jacques Cinq-Mars